A-t-on (finalement) atteint les limites de l’art contemporain ?

Elle est restée sur le pas de porte, interloquée. Qu’avait-il pu se passer ici ?

Assurément une fête, une sacrée bamboula même, à voir le sol jonché de cadavres de bouteilles de champ’, guirlandes, confettis et autres cotillons.

Soupir las. Mais forte de sa conscience professionnelle, animée par son goût du service, et après tout elle est payée pour, elle s’est mise à déblayer tout ça.

Allez hop ! Poubelle.

Déjà, en 2014, à Bari : Anna Macci, la femme de ménage : ”J’ai ouvert la salle, et j’ai vu tout ce désordre par terre, (…) un vrai bordel. Alors j’ai pris les cartons, les bouteilles, j’ai tout jeté”, avait-elle expliqué à la Repubblica ”Comment aurais-je pu le savoir ? (…) J’ai tout simplement fait mon travail“.

Cette fois, c’est  au ‘’Museion’’ de Bolzano qu’une installation des artistes Sara Goldschmied et Eléonora Chiari, intitulée : “Où allons nous danser ce soir ?” a fait les frais d’une drôle de méprise, ou plutôt d’une méprise drôle (perso, je ne peux m’empêcher de trouver ça drôlissime).

Et intéressant, aussi. Ces malentendus sont provoqués par des œuvres inintelligibles quand, sont portés sur elles, des regards non initiés. Cette disparité de vue entre un “monde”et un “autre monde” sont en tout cas révélateurs d’une vraie incompréhension.

Une incompréhension qui est souvent la mienne alors même que je n’ai aucun dédain envers l’art contemporain. Plutôt de l’intérêt. Et qu’animée d’une curiosité naturelle, j’essaie d’en appréhender les tenants et aboutissants, mais qui me laisse souvent perplexe.

  • Qu’est-ce que l’art contemporain ?
  • Comment le définir, où en sont les limites ?
  • Comment le justifier, a-t-il nécessité à être justifié ?
  • Quelle esthétique préside à l’art contemporain ?
  • Pourquoi ces prix insensés, indécents même de certaines œuvres ? (La cote de certains artistes, la corrélation avec les marchés)
  • Est-il subversif ? Dans quelle mesure ?

Voilà pêle-mêle quelques questions, non exhaustives, que je me pose, sans certitude qu’elles sont toutes légitimes et pertinentes. Et vous ? des questions, des réponses, vos pistes ?

Un gosse pourrait faire pareil

“Où allons nous danser ce soir ?” participe au “courant conceptuel“, c’est-à-dire que l’œuvre n’est pas remarquable en tant qu’objet, n’a de valeur que par le discours qui lui donne du sens.

En l’occurrence et grosso modo, la pièce dont il est question ici illustre une métaphore de l’Italie, après l’euphorie des années 80, les années de crise, la gueule de bois…

Je ne souscris pas à cette remarque, récurrente, relative à l’art contemporain, qui m’agace d’ailleurs un peu, qu’un gosse à l’école maternelle en ferait autant. Dans ce cas précis, je me demande tout de même si une bande de mômes de 5 ans, noctambules et complètement bourrés, n’en ferait pas autant 🙂

Blague à part, je trouve la proposition de ces artistes assez facile mais sans connaitre l’ensemble de leur travail dans ses contexte et historique, je me garderais d’avoir un jugement définitif.

Je termine en proposant à ceux qui seraient aussi ignorants que moi et titillés par une pointe de curiosité un excellent article : Comment définir l’art contemporain ?

L’article se réfère à un livre de la sociologue Nathalie Heinich ‘’Le paradigme de l’art contemporain’’. Le livre doit être passionnant, l’article est déjà très éclairant.

Je me demande, aussi, (et là je termine vraiment) si cet Art “d’aujourd’hui”, ne nous proposerait pas, au moins au travers de certaines de ses composantes, un état des lieux de nos sociétés en nous tendant un miroir dans lequel se refléteraient nos propres vanités, avidités, cynismes, individualismes, errements.

Je me demande… et ça m’angoisse un peu.