Pourquoi Nietzsche a dit “Dieu est mort” ?

Nietzsche, c’est l’histoire d’un allemand pas content. Et s’il n’est pas content, c’est parce qu’il n’est pas d’accord avec les gens et le monde du XIXe siècle.

À son époque, il trouve déjà que le monde ne tourne pas rond. Alors, pour essayer de comprendre ce qui cloche, Nietzsche a étudié la “philologie classique”. Ça a l’air chiant et très pompeux, mais il s’agit en fait de l’étude des civilisations antiques. Car, pour saisir toute la perplexité du monde, il faut d’abord comprendre ce qu’il s’est passé avant.

Dans son domaine, Nietzsche est très brillant. Il devient à 25 ans prof de philologie à l’université, et tout semble rouler pour lui. Mais en fait, non. Il pète un peu un câble, il s’ennuie, alors il se tourne vers la philosophie pour essayer de répondre à ses questions.

Nietzsche devient alors un homme inquiet : ses préoccupations concernent le sens et l’avenir de notre civilisation. Il trouve les gens trop soumis aux institutions (la religion, la politique, l’éducation). Et cette soumission est nuisible car elle empêche les hommes de penser par eux-mêmes. 

Alors, il analyse ces institutions — plus particulièrement la religion (le christianisme), pour essayer de comprendre pourquoi les hommes en sont devenus esclaves, et en quoi ça devient dangereux.

Il a réfléchi, il a réfléchi…
Et un beau jour Nietzsche a dit “Dieu est mort”, et tout s’est éclairé…

nietzsche dieu est mort

Il a trop bouffé d’hosties pour dire que Dieu est mort ? 

Non, mais on va pas se mentir, Nietzsche n’aime pas trop trop la religion. Et voici pourquoi :

  • Il accuse la morale judéo-chrétienne parce qu’il la trouve hypocrite. Il se moque de la morale prodiguée par l’Ancien Testament (les Dix Commandements) car pour lui, ce ne sont que de belles paroles qui ne sont ni respectées ni appliquées par les chrétiens. De même, pour Nietzsche, le Christ est l’incarnation d’un amour haineux, d’un fake altruisme qui nous dit d’aimer son prochain alors qu’il est animé par un désir de vengeance (bisous Judas). Bref, Nietzsche détruit la morale chrétienne.
  • Il voit dans la religion une extrême négation de la vie, qu’il appelle aussi le nihilisme (= rejet radical de toutes valeurs) :
    1. D’abord parce que la religion dévalorise le monde réel au profit d’un “arrière-monde” imaginaire — bah oui le paradis c’est mieux.
    2. Ensuite, parce que la religion réprime les plaisirs de la vie (désirs, passions, bonheur).
    3. Et puis parce que la religion fait l’éloge de la faiblesse, des pauvres, des malades… — et ça, bah ça donne pas trop envie d’aimer la vie.

La notion de « Dieu » a été inventée comme antithèse de la vie. — Nietzsche, Ecce homo.

Vous l’aurez compris, pour Nietzsche, Dieu est incompatible avec la vie et avec la dignité de l’homme. Pourquoi ? Parce que Dieu est synonyme de souffrance et de mort, tandis que l’homme est bel et bien en vie ! Le seul souci, c’est que l’homme est esclave de tout ce que la religion lui a mis dans la tête (la morale, les valeurs)… Et c’est ça qui l’empêche de s’épanouir pleinement.

Bah alors, pourquoi la religion existe ? 

Accrochez-vous, Nietzsche ne fait toujours pas de cadeau au christianisme.

Pour lui, la religion est l’invention d’un autre monde, mais cet autre monde n’est qu’illusion et mensonge. C’est donc une falsification du réel. 

Il creuse encore et affirme que la religion vient du ressentiment (haine, jalousie) des faibles contre les forts. Nietzsche pense que les faibles se sont alliés pour fonder une morale “qui permet de mener l’humanité par le bout du nez”. La preuve : la religion chrétienne valorise les faibles, les malades, les impuissants… Et cela est contraire aux instincts de conservation de la vie.

Conclusion : la religion a rabaissé l’homme pour réhausser Dieu, et “l’homme a perdu la croyance en sa valeur”. Alors pour remettre l’homme au centre, pour le libérer, et lui redonner foi en la vie… La mort de Dieu est inévitable. 

OK Nietzsche tue Dieu. Mais que deviennent les croyants maintenant que Dieu est mort ? 

Bon on se calme. On n’est pas dans un thriller philosophique. Nietzsche n’a tué personne en vrai.

Il reprend juste cette phrase choc “Dieu est mort” des chrétiens eux-mêmes, qui entendaient par là la mort de Jésus sur la croix. Mais chez Nietzsche, cette formule signifie que la croyance en Dieu a perdu toute crédibilité.

Il invite alors les hommes à reprendre le contrôle de leur vie et à prendre conscience de leur toute puissance, pour devenir des Surhommes — qui n’attendent pas d’être au paradis pour être heureux.

Pour cela, l’homme doit passer par trois étapes pour se reconstruire :

  1. Il sera d’abord chameau : le chameau symbolise la bête qui transporte ses valeurs sans réfléchir. C’est l’image de l’esclave.
  2. Ensuite le chameau devient lion : le lion représente la révolte contre les valeurs traditionnelles. Il dit “non” et devient l’ennemi des dieux.
  3. Enfin, le lion devient enfant :  l’enfant, c’est l’image de la renaissance pour se construire une nouvelle connaissance et une nouvelle morale.

L’homme, sans Dieu, devient alors un Surhomme qui se construit lui-même sans morale toute faite à appliquer.

Hommes supérieurs ! Maintenant seulement la montagne de l’avenir humain va enfanter. Dieu est mort : maintenant nous voulons, que le Surhumain vive ! — Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra. 

Surhomme, Surhumain… Nietzsche c’est un nazi ?

On a souvent cru que Nietzsche était nazi mais c’est FAUX ! 

La vraie histoire, c’est que la soeur de Nietzsche était mariée à un gros méchant nazi, et elle tenait beaucoup à sa réputation. Alors, à la mort de Nietzsche, elle s’est amusée à réécrire certains passages de ses ouvrages pour donner une petite touche de nazisme. En plus, comme Nietzsche parlait de Surhomme, les nazis ont kiffé parce qu’ils ont vu dans cette notion l’incarnation de la race aryenne, qu’ils considéraient comme la race supérieure. Mais vraiment, les mecs n’ont rien compris et Nietzsche n’a rien à voir là-dedans.

C’est ce gros malentendu qui a conduit les nazis à s’approprier la philosophie nietzschéenne. Heureusement, les philosophes de l’époque se sont battus pour défendre la pensée de Nietzsche et réhabiliter la vérité vraie.

Pour finir…

Voilà, maintenant vous savez pourquoi Nietzsche n’était pas content. D’ailleurs, ça, on lui a beaucoup reproché. On disait de lui qu’il était pessimiste, sombre et défaitiste

Et si il a reçu tant de critiques, c’est parce que Nietzsche a longtemps été mal compris et qu’il s’est vraiment fait salir par le nazisme — mais ça il s’en foutait parce qu’à la fin de sa vie il était fou, et il ne comprenait plus grand chose à ce qu’il se passait.

Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que Nietzsche soit perçu à sa juste valeur : un amoureux de la vie, qui croyait en l’homme plus qu’en Dieu et qui a profondément remis en cause les pensées de son époque, pour bousculer les mentalités. Bref, un grand philosophe quoi.