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Apprenez à décrypter la langue de bois (et devenez le roi la jungle)

Devinette : aucun homme politique n’échappe à… ? 

Si vous avez répondu « à ses impôts », vous êtes fourbe. La bonne réponse était « la langue de bois ». Oui, la langue de bois. Cet exercice périlleux qui permet de cacher la vérité, d’avoir l’art et la manière d’éviter un sujet de conversation en embrouillant son auditoire avec des formules toutes faites et vides de sens. En d’autres termes, il s’agit de dire pour ne rien dire, de savoir s’exprimer sur tout, en étant expert en rien.

Vous l’aurez compris, la langue de bois, c’est donc l’art de manipuler par les mots, en faisant bien souvent appel aux sentiments plutôt qu’à la raison. Brosser l’électeur dans le sens du poil, faire de belles promesses dans le vent, séduire avec un beau discours vide de contenu : voici les domaines dans lesquels nos hommes politiques excellent.

Creusons davantage.

Pourquoi les politiques cherchent à nous embrouiller ?

langue de bois

1. Éviter de répondre à des trop questions embarrassantes

La langue de bois sert avant tout à masquer une vérité désagréable. Et toute sa subtilité réside dans l’art d’accentuer le côté positif, sans faire apparaître le négatif.

« Nous ferons de la cause du climat un grand chantier pour l’emploi » — François Hollande, après la COP 21.

Traduction : L’état de la planète est désastreux, mais on va profiter de cela pour créer des emplois (youpi).

2. Masquer son ignorance sur un sujet

Bien souvent, la langue de bois démontre une faible connaissance sur un sujet. Elle permet de ne pas attirer l’attention sur un argumentaire mauvais, voire défaillant. Et pour cacher cela, rien de mieux que des grands mots.

« À l’égard de la crise contextuelle, il est très important de fédérer certaines alternatives évidentes, pour le futur »

Traduction : On est un peu paumé et on ne sait pas trop où on va. Mais on va essayer de faire quelque chose.

3. Cacher des faits réels inavouables

C’est bien connu, il n’y a rien de plus compliqué que d’avouer une vérité désastreuse. Alors comment on s’y prend ? Eh bien on ment. Il est plus facile pour un politicien de faire passer la pilule en inventant un gros bobard, plutôt que de se justifier ou d’effrayer la population avec une réalité alarmante.

« Le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à la frontière française »

Traduction : Vous allez tous mourir. Vos futurs enfants auront trois bras et un œil au milieu du front.

4. Feindre de s’intéresser aux préoccupations du plus grand nombre pour faire adhérer à une idéologie

Ça s’appelle aussi la propagande. En surface, il s’agit de beaux discours qui brossent le peuple dans le sens du poil : on feint alors de s’intéresser à ses problèmes et aux difficultés qu’il rencontre dans la vie de tous les jours. On lui fait croire qu’on l’a enfin compris. Hé hop ! Lorsqu’on a le peuple dans la poche, rien de plus simple que de lui inculquer une doctrine, une idée et donc de le manipuler. Et le tour est joué.

« Nous avons des centaines de milliers d’enfants de paysans et des classes laborieuses très intelligents : nous devons les éduquer » — Adolf Hitler, janvier 1939

Traduction : On va leur remplir la tête de conneries, à tel point qu’on va former une armée de cerveaux plats et faire la deuxième plus grande guerre du monde.

4 techniques imparables anti-langue de bois

Si après tout cela vous avez envie de casser votre télé à l’approche d’un débat ou d’un discours politique, c’est normal. Mais pour vous éviter de claquer un PEL dans une nouvelle télé : voici quelques astuces pour détecter la langue de bois et ne plus vous faire manipuler.

1. Utilisation d’euphémismes pour atténuer la réalité

Quand le sujet du débat est embarrassant, l’homme politique cherchera toujours à rendre la réalité moins dure qu’elle ne l’est. Il préférera dire « on a remercié 200 ouvriers » plutôt que « on a viré 200 ouvriers ». C’est beaucoup plus chic et politiquement correct.

2. Complexification du style et flot de paroles inutiles

Si vous ne comprenez rien au discours d’un homme politique, rassurez-vous, ce n’est pas que vous êtes mentalement limité. C’est juste une technique bien souvent utilisée par le politicien qui rame un peu pour noyer l’auditeur. Il préférera bien souvent conjuguer un verbe au subjonctif imparfait pour impressionner que de dire la vérité sur des questions épineuses.
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3. Utilisation abusive de stéréotypes et d’énoncés consensuels

« Les temps sont durs », « le chômage est un fléau », « je suis pour la justice sociale » blablabla. Voilà ce genre de petites phrases qui marchent à tous les coups (et qui énervent tellement elles frôlent la banalité et le cliché). La plupart du temps elles sont exprimées avec un air pompeux, accompagné d’un soupir désabusé.

4. Confiscation de la parole et absence d’échanges réels

Vous voyez ce genre de débat où le journaliste peut à peine en placer une ? Où le plateau télé devient une cacophonie ? Oui, vous voyez. Ce n’est pas parce que l’homme politique a beaucoup de choses à dire. Bien au contraire, si vous penchez l’oreille, vous verrez que ses paroles sont toujours aussi creuses. En adoptant cette attitude, en coupant la parole et en feignant de répondre aux questions, c’est sa supériorité qu’il démontre : il devient alors le maître de la parole (même s’il ne raconte rien d’autre que du bullshit).

Bonus : et la gestuelle compte aussi… 

Vous l’aurez compris, tout l’art du discours politique consiste à avoir l’air attrayant tout en étant vide de sens. Si vous voulez être d’autant plus efficace pour détecter la langue de bois, découvrez le cours de cold-reading de Philippe Peytroux (c’est gratuit). 

Lors des débats télévisés, amusez-vous à déceler les micro-expressions et le langage corporel de nos politiciens : contrairement aux discours, ces petits gestes ne mentent pas.

Enfin, comprenez toujours un double sens dans le discours politique, ne vous contentez pas de boire les paroles de nos hommes politiques, au contraire : creusez. Car ce qui est intéressant, ce n’est pas ce qu’ils disent, les réponses qu’ils donnent… mais celles qu’ils ne donnent pas, celles qu’ils esquivent. Bref, tout ce qu’ils ne disent pas. Et là, c’est à vous de jouer.

Doria

Doria Messaoudene

Rédactrice — diplômée en littérature, passionnée de philosophie et de plein de trucs cool qui font réfléchir.

4 commentaires

  • Bonjour,

    Tout d’abord, je tenais à vous remercier pour votre blog très instructif, qui permet d’en apprendre beaucoup sur les techniques utilisées par les manipulateurs – et forcé de constater qu’il y en a beaucoup dans notre société.

    Néanmoins dans votre dernier article, j’ai dessellé une erreur, ce qui m’a beaucoup surpris. Vous dites : “feindre de s’intéresser aux préoccupations du plus grand nombre pour faire adhérer à une idéologie” = propagande. Or la propagande n’est ni plus ni moins que l’utilisation d’outil de com à des fin politique. Les professions de foi au moment des élections font partie de la propagande. La propagande n’est pas le fond, mais la forme, les outils.

    Ce que vous pointer du doigt sont des propos démagogiques et non de la propagande. Définition de démagogie : action de flatter les aspirations à la facilité et les passions des masses populaires pour obtenir ou conserver le pouvoir ou pour accroître sa popularité. (Larousse)

    La propagande est tout ce qui relève de la communication politique dans la volonté de convaincre les populations, pour le meilleur… et pour le pire.

  • Il est vrai que tu peux te sentir nul quand tu ne comprends pas les discours politiques et qu’autour de toi, ça balance de la tête avec des Hmm! Hmm! Lol

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